Anne Schmitter, directrice du Pays de Coutances dans la Manche.

Anne Schmitter

Anne Schmitter, directrice du Pays de Coutances, nous partage l’aventure engagée entre 2012 et 2014 par les élus pour remettre à jour la stratégie du Pays, saisissant l’opportunité offerte par le Conseil Régional de Basse-Normandie pour revisiter leurs liens et enjeux de coopération.

Comment redonner du sens et reposer les bases de la coopération pour préparer les prochaines années ?

La démarche expérimentale engagée en 2012 avec l’appui du Collectif Ville Campagne offrait par ailleurs la perspective d’anticiper au mieux la préparation de la candidature Leader et de la contractualisation régionale pour la période 2014-2020.

Incarnée par le Président du Pays, l’initiative a mobilisé l’ensemble des élus du bureau syndical sur des journées de séminaire, sanctuarisées dans l’agenda de chacun, permettant de s’extraire de son quotidien et favorables à la réflexion collective.

Préparées de manière concomitante par le Directeur du Pays et l’intervenant du Collectif Ville Campagne, ces journées ont mis l’accent sur l’interconnaissance, la remise en question des représentations et la prise de recul par rapport aux schéma pré-établis.

Autant de préalables pour permettre à chacun d’adopter une posture propice à un travail sur l’identité du Pays.

Et en effet, les idées fausses ont été bousculées.

L’analyse du territoire au crible des moteurs du développement révèle davantage de flux entre les communes (flux domicile-travail, flux de masse salariale, etc.). Les interactions entre communes du littoral et communes de l’arrière-pays apparaissent prépondérantes et la prise de conscience de cette interdépendance assoit l’importance du Pays pour les uns et les autres et les enjeux de la coopération.

Si bien que la stratégie du Pays traduit cette polarisation sur les liens plutôt que sur les lieux, liens en interne et liens avec l’extérieur d’un organisme davantage vivant que statique.

Pour les techniciens du Pays, c’est la construction de cette analyse faite au plus près des acteurs du territoire qui se voit confirmée.

Alors que peut-on retenir de cette démarche ? Quelles ont été les questions auxquelles ont dû se confronter les acteurs engagés ?

Le premier enseignement et le plus important, c’est bien que la coopération ne se décrète pas. Elle se construit sur l’interconnaissance, la confiance et l’envie de construire des projets ensemble. Elle peut s’appuyer sur des circonstances qui font loi (enjeux propres à chacun qui obligent à coopérer par exemple ou injonctions législatives) mais elle ne pourra être réalité que si elle est pleinement appropriée.

Et pour cela, la posture de chacun est prépondérante. Dans une société qui privilégie l’individualité, la compétitivité, accepter de perdre un peu pour construire un objet commun est loin d’être une évidence. Où et comment valorise-t-on le collectif ?

L’animation, la médiation des développeurs apparaît comme un facteur facilitant. Parce qu’ils sont au jour le jour sur le territoire, parce qu’ils apprennent à en connaître les ressorts, les acteurs.

Cette vision transversale se construit par la pratique. Elle suppose une certaine curiosité, une humilité, une capacité à ré-interroger en permanence des présupposés.

Mais elle peut être accompagnée. S’outiller pour mieux se construire ce panorama, par une grille de lecture, un auto-diagnostic peut être pertinent. Le Carrefour des métiers peut favoriser ce partage de pratiques entre les développeurs pour construire ces outils.

Entretien réalisé par S. Cabantous en novembre 2014.

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