Eric Artaud, l’entrepreneur de lui-même, le constructeur de ses solutions de formation

Eric Artaud est chargé de développement économique au PNR de la Chartreuse et à la CC Coeur de Chartreuse.

Il était notre « reconverti professionnel » pour la séquence « décryptage des parcours d’acquisition de compétences » lors du séminaire « Quels contenus et modalités de formation au développement territorial pour l’acquisition des nouvelles compétences professionnelles ? » (3 février 2015 – Eurre (26)).


 

EA-okSon parcours

« Après un premier DEUG en sociologie devant me conduire au métier d’instituteur, je me suis réorienté vers une formation en DUT Tech de Co à visée commerciale.

J’ai choisi une formation en alternance me permettant d’apprendre le métier en ayant un pied dans le monde du travail et un revenu. L’existence d’un partenariat entre la fac et le Crédit agricole m’a ainsi permis de conjuguer le volet théorique avec sa mise en application directe, sur du concret.

En 1995, j’ai voulu associer une dimension « langues étrangères » à mon parcours, j’ai fait le choix d’une immersion d’un an en Irlande grâce au programme Erasmus. Cette année m’a ouvert à l’interculturalité.

A mon retour, j’ai intégré le groupe Décathlon en tant que responsable de rayon, puis de directeur adjoint. Ce fut une école formatrice puisque nous sommes invités à un parcours de formation interne important, permettant de monter en responsabilités. Si c’est formateur, c’est également quelque peu formatant et l’expression consacrée selon laquelle « on nous met du sang bleu » est assez révélatrice.

Malgré l’intérêt du travail et l’évolution possible, j’avais peur de perdre mes capacités en anglais.

Ayant déménagé pour des raisons personnelles à Orléans, j’ai pris les devants pour me constituer un réseau, en allant démarcher les chambres consulaires. J’ai alors repris une formation à la chambre régionale d’industrie pour devenir spécialiste export (et reboucler avec mon envie de valoriser mes connaissances en anglais). Pour cette formation, je devais réaliser un stage à compter du mois d’avril. Ma formation ne me mobilisant que deux jours par semaine, j’ai négocié une entrée en entreprise dès le mois de janvier, en tant que responsable export dans une PME.

J’ai ensuite intégré la PME Dimasport, basée en région parisienne, en faisant la navette quotidienne depuis Orléans, toujours sur des fonctions commerciales / export. Fatigué par les trajets, j’ai rejoint le groupe Honda sur des fonctions supports pour un siège européen situé à Orléans. Cette expérience a été formatrice entre autres, du fait de la culture japonaise, qui privilégie clairement le terrain à de grands discours.

En 2006, j’ai souhaité m’installer en Rhône-Alpes et reprendre une entreprise. Ce projet n’a pas marché. Je suis donc retourné sur le marché du travail pour intégrer l’entreprise Airstar comme responsable export.

Toutefois, l’envie était là de bouger. Les deux déplacements réalisés à Dubaï en 2007 ont fini de me convaincre de changer d’orientation : trop de décalage entre le discours sur le développement durable et cette présence en une ville si éloignée de ces principes, trop d’éloignement de ma famille… Besoin de davantage de sens.

Fin 2007, j’ai donc décidé de quitter le monde de l’entreprise et de prendre du recul et donner davantage de sens à mon parcours professionnel. J’ai alors réfléchi à la création d’une entreprise de services aux entreprises. Cela m’a conduit à m’intéresser aux métiers du développement économique territorial. J’ai été frappé à la porte de l’ARADEL en les interrogeant sur la manière de basculer vers ces métiers, sachant que j’avais déjà trois bac +2 (mon DEUG de socio, mon DUT et formation export) et un bac +3 en marketing (année Erasmus), de l’expérience et un statut de cadre. En bref, un bac +5 effectif mais sans diplôme. J’ai alors rejoint une formation en alternance à l’IAE de St Etienne. Une reconversion en formation continue nécessaire car si je connaissais le monde de l’entreprise, je ne connaissais pas celui des collectivités (bien que ma femme soit urbaniste en collectivité). Il faut dire que dans mon expérience professionnelle, je croisais peu de développeurs économiques territoriaux, peut-être que les directeurs en croisaient davantage ? Cette formation en alternance, je l’ai financée grâce à mes indemnités chômage.

L’avantage de la formation en alternance était de pouvoir découvrir le métier. En mobilisant le réseau ARADEL, son annuaire, j’ai été à la rencontre de développeurs économiques en exercice dans les collectivités. J’ai pu les interroger sur leur métier, me tisser un réseau. Je leur proposais de me prendre en alternance, c’était 15 mois de présence garantie dans la collectivité. J’ai eu plusieurs propositions et ai choisi de travailler au sein de la Chambre de commerce de Grenoble, pour ne pas être trop spécialisé (j’aurais pu travailler auprès du PNR de Chartreuse mais le poste était ciblé création d’activités, j’avais peur de trop m’enfermer). Ensuite un poste de développeur économique plus général s’est libéré au Parc, portant sur l’accompagnement des entreprises, des porteurs de projets, davantage à la dimension que je souhaitais. A l’issue de ma formation, j’ai donc rejoint le PNR, même si la Chambre voulait me garder.

A ce poste, je dirai que c’est la capacité d’écoute des acteurs économiques qui a facilité la mise en place de projets.

Depuis janvier 2015, la fusion de communautés de communes a conduit à la création d’un poste d’animation économique au sein de la nouvelle communauté de communes Cœur de Chartreuse. Je partage depuis mon temps (descendu d’ailleurs à 80 % en 2013) entre la CC et le PNR.

A ce sujet, je n’ai pas trouvé de formation qui me permette d’aborder cette double-casquette, disons que je fais appel au bon sens.

Reste qu’aujourd’hui, je suis à la recherche de formations spécifiques, pour me permettre de développer ma mission, des formations à… que je n’ai pas encore trouvées.

Et puis, sans doute que maintenant, en fonction des évolutions je pourrais reprendre mon projet de création d’entreprise. »

Son parcours en frise : Chronologie Eric Artaud

eric artaud chrono 1

eric artaud chrono 2

Réactions / analyses des participants

  • une volonté récurrente de toucher le métier, en choisissant l’alternance
  • des compétences qui évoluent par des ruptures et des choix personnels marqués
  • une préparation du terrain en amont : prise de connaissance du terrain, mobilisation des réseaux professionnels, démarchage
    une prise de risque assumée (financement Pôle emploi)
    → qu’on peut adosser à la prise de risque du refus assumé de plusieurs postes
  • une construction de ses solutions de formation (avec adaptation des offres existantes, ex. démarrage alternance plus tôt)
  • le peu de place apparente des élus et des collègues
    → sur ce point, Eric précise qu’il a dû acquérir d’autres compétences en découvrant un monde des collectivités paradoxalement plus concurrentiel que celui de l’entreprise.
  • un besoin important de rester libre d’aller voir ailleurs
    → sur ce point, Eric évoque l’intérêt pour lui d’être en CDD de la fonction publique et les interrogations qui sont les siennes du fait d’une CDIsation proche
  • un profil qui peut paraître atypique par rapport à ces collègues et une approche peut-être plus pragmatique, une réactivité plus forte qui peut se heurter à certaines pratiques et/ou procédures

 

Restitution à l’ensemble des participants (par Laurent Rieutort)

1.      Richesse, diversité, complexité du parcours professionnel d’Eric Artaud même si on retrouve un « fil conducteur » autour du développement économique que celui-ci s’exprime en entreprise (de taille petite à moyenne) avec une dimension marketing/management/voire de « créateur », ou bien sur les territoires comme « facilitateur » au service des activités locales ;

2.      Nécessité de « déconstruire » notre questionnement sur les compétences/formation car le parcours d’Eric témoigne d’une hybridation entre formations/compétences et s’inscrit dans un processus dynamique et systémique que l’on peut résumer comme suit :

Eric Artaud schema

3.      Souligner que dans ce parcours de formation, Eric mobilise une grande diversité de ressources combinées (formations universitaires, réseaux et collectifs professionnels, internet, organismes de formation continue…) ;

4.      Atouts du parcours lié à la clarté des objectifs qui tient à une posture personnelle (un « challenge »), à une vraie stratégie d’adaptation par le changement, par la mobilité géographique et professionnelle, par le contact, les liens et les réseaux (et pas uniquement entre collègues de proximité)… d’où un « appétit de compétences »…

5.      Freins à l’acquisition des compétences :

·         le temps disponible (surtout lorsque l’on est dans de « petites structures, le « nez sur le guidon ») et les dynamiques actuelles de « mutualisation » au sein des collectivités territoriales ;

·         les « jeux d’acteurs » sur les territoires avec des rapports parfois complexes aux employeurs/élus, aux autres développeurs.

 

Remerciements

Eric Artaud pour avoir joué le jeu du témoignage et du décryptage de son parcours

Laurent Rieutort pour sa synthèse

Aux participants de l’atelier pour leur collaboration active au décryptage !

Les commentaires sont fermés.
200-125dumps 100-105dumps 210-260dumps 300-115dumps 200-105dumps 300-101dumps 200-310dumps 210-060dumps 200-355dumps 640-911dumps 300-075dumps 300-208dumps 300-070dumps 300-360dumps 642-998dumps QV_DEVELOPER_01dumps 400-101dumps 210-451dumps 700-501dumps 400-051dumps 117-201exam