Participation

Contexte

Peu de programmes politiques font aujourd’hui l’économie du mot « participation ». Intégrée aux processus d’élaboration des politiques publiques (ex. : comités de quartier, conseils de résidents, conseils de citoyens, etc.), légitimée par la création d’espaces et dispositifs ad-hoc (ex. : Commission Nationale du Débat Public), voulue par le soutien affiché aux initiatives citoyennes (ex. jardins partagés), cette participation souhaitée, cette participation imposée laisse pourtant pour beaucoup un goût de « manque », comme si malgré la bonne volonté, on passait à côté. On n’a peut-être jamais autant voulu de participation et on n’a jamais autant regretté le désengagement des citoyens face à tout ce qui ressemble à de l’institué (ex. faiblesse de la participation électorale, faiblesse du nombre de militants politiques, syndicaux ; faible présence dans les conseils de quartier, manque de continuité…) alors même que le nombre d’associations ne cesse de croître, que les réseaux sociaux peuvent rassembler des dizaines, des centaines, des milliers de personnes en quelques heures pour une action, un financement participatif, etc.

La capacité de mobilisation existe. Se pose la question de relier cette capacité de mobilisation au territoire et au projet de territoire, dans la durée.

Sont-ce les espaces ou méthodes de participation qui apparaissent inadaptés, factices, codifiés ?

Nous sommes dans une démocratie qui a choisi la représentation comme forme de délégation et d’exercice du pouvoir. Elle se traduit par l’élection de ses représentants. Ce choix de la représentation donne aux élus la légitimité d’agir au nom de. On peut donc s’interroger sur le « pourquoi » de la participation ? Qu’est-ce qu’on entend par participation ? Qu’est-ce que la demande de et/ou l’injonction à la participation vient combler? Qu’attend-on des citoyens, de leurs corps constitués ? Quand, où, pourquoi ? La participation doit-elle venir « valider » un projet, une politique (dans un processus relativement descendant) ou s’agit-il de créer les conditions de l’émancipation pour des citoyens acteurs de leur territoire ? Parle-t-on de placer le curseur entre représentation et participation dans un « idéal démocratique », de participation synonyme de processus même d’éducation populaire ou de participation de tous (habitants, entreprises, associations, etc.) à une démarche de développement ? Qu’est-ce que « faire de la participation », « trouver l’équilibre entre démocratie participative et démocratie représentative » interroge, suppose en termes de partage du pouvoir, de reconnaissance de la légitimité, de prise de responsabilité ou de crédit que l’on donne à la capacité créatrice de chaque acteur ?

Dès lors, comment les professionnels du développement territorial intègrent-ils et traduisent-ils la question de la participation dans leurs pratiques et postures professionnelles ? Comment établissent-ils les finalités de la participation dans leur situation ? Quelles compétences mobilisent-ils pour faire vivre cette participation ? Quelles conditions doivent être réunies pour rendre cette participation possible ?

 

Définition et points de vigilance

Participer

Participer signifie prendre part à…

« La participation citoyenne peut se définir comme un processus d’engagement obligatoire ou volontaire de personnes ordinaires, agissant seules ou au sein d’une organisation, en vue d’influer sur une décision portant sur des choix significatifs qui toucheront leur communauté. Cette participation peut avoir lieu ou non dans un cadre institutionnalisé et être organisée sous l’initiative des membres de la société civile (recours collectif, manifestation, comités de citoyens) ou des décideurs (référendum, commission parlementaire, médiation). » Dictionnaire encyclopédique de l’administration publique, définition proposée par Pierre André, Professeur Université de Montréal.

Le mot participer a pour synonyme : adhérer, aider, collaborer, concourir, contribuer, coopérer, s’associer, s’immiscer…

La liste de ces synonymes fait écho aux différentes formes de participation auxquelles nous sommes invités : consultation (ex. débat public), concertation de communication, concertation légale (ex. enquête publique), concertation structurelle (ex. conseils citoyens), conférences de citoyens, budgets participatifs… qui dénotent de finalités différentes, allant de la simple information à la co-construction de politiques publiques ou de projets.

Les finalités associées à un processus de participation peuvent varier en fonction des protagonistes.

 

Finalités

Les finalités sont les grandes orientations, les visées, les horizons au nom desquels on agit ou on désire agir. Elles sont nourries par des valeurs sans pour autant se confondre. Orientées vers l’action, les finalités deviennent buts, c’est-à-dire ce vers quoi on tend pour diriger l’effort, les buts étant de nature stratégique.

A proximité, les valeurs :

Les valeurs sont des idées qui orientent l’action et la rendent cohérente par rapport à des choix politiques, culturels, moraux, scientifiques, sociaux, économiques, etc.

Autorité

Du latin auctoritas. Elle a pour racine auctor (auteur) et se rattache à augere (faire croître, augmenter).

L’autorité est dans un premier temps une relation d’influence de celui qui la possède sur celui qui la subit. Elle peut conduire à une relation visant davantage l’interdépendance garantissant un respect librement consenti. En ce sens, l’autorité s’accorde plus qu’elle ne s’acquiert (pour distinguer de l’autoritarisme). C’est pourquoi elle a besoin de légitimité accordée par tel interlocuteur ou groupe au regard de la parole émise, de l’expérience, de la compétence, de la manière de faire, etc. Elle est relative dans sa forme, dans son contenu, dans l’espace et le temps. Elle incite à révéler l’autorité d’autres individus.

On est dans le registre de la personne.

Légitimité

Elle s’appuie sur les valeurs transcendantes de vie sociale reconnues par un nombre suffisant de personnes pour agir de façon efficace au nom de ces valeurs. Toute prise de pouvoir s’est faite de façon légitime si elle ne s’est pas faite de façon légale. La lutte est légitime, le résultat de la lutte devient légal.

Pouvoir

Du latin populaire potere, c’est-à-dire être capable de, et du latin classique posse signifiant avoir la force de. Il est donc à la fois possibilité plus ou moins grande de chacun de faire, de poser des actes et à la fois énergie nécessaire pour réaliser des actions. Le pouvoir renvoie à la notion de direction, de sens d’un individu, d’un groupe, d’une institution, d’une société.

Le pouvoir a besoin de légalité, il est politique en ce sens que le politique organise les pouvoirs dans une société. La légalité est recherchées une fois le pouvoir conquis. Il se conjugue facilement avec les termes monopole, délégation ou partage.

On peut distinguer deux types de pouvoir : le pouvoir politique qui concerne un groupe, une institution, un Etat et qui donne sens aux activités nécessaires pour la vie de la cité ; le pouvoir de fonctionnement qui permet au pouvoir politique de faire appliquer ses décisions et réparti entre diverses fonctions.

On est dans le registre du politique, de l’institution.

Responsabilité

Du latin spondere (promettre librement) et re (en retour). Respondere signifie répondre de sa parole et de ses acteurs par réciprocité.

Elle est composée de plusieurs éléments complémentaires : une action concrète à réaliser, un sens donné à cette action, un engagement libre pour la réaliser, un contrôle pour garantir le sens de l’action et une réciprocité exigeant la même démarche chez autrui (parole donnée à).

Elle est personnelle (elle engage une personne dans ce qu’elle est, ce qu’elle porte, ses compétences…) et communautaire (au sens elle est assumée avec les autres membres du groupe, de l’institution).

On est dans un registre associant autorité et pouvoir.

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Retour sur le séminaire « Démarches participatives : le développeur territorial au service des processus de participation et du « faire ensemble » »

 

Enjeux et questions

Enjeu 1 : Comprendre les « dessous » de la demande de participation et ses conséquences sur le rôle et le positionnement des différents acteurs concernés.

Enjeu 2 : Révéler les contradictions et les tensions possibles liées à des finalités diverses et différentes.

Enjeu 3 : Identifier les formes et les conditions de la participation en fonction des finalités.

Enjeu 4 : Mesurer son propre rôle, identifier les compétences à mobiliser et définir méthodologie & moyens.