Monsieur X, chef de projet Politique de la Ville en agglomération.

Votre parcours en quelques mots ?

Riccardo_Tisci
CC BY-SA 2.5

J’ai rejoint l’Agglo en tant que chargé de mission « prévention de la délinquance » au sein du Service Politique de la Ville il y a une dizaine d’années. Très vite, j’ai occupé le poste de chef de projet, la personne en poste quittant ses fonctions. D’un service à deux personnes – une assistante et moi -,  nous sommes aujourd’hui passés à cinq personnes.

En rejoignant l’Agglo, j’ai démissionné de la fonction publique et me suis fait recruter en qualité de contractuel. Je suis passé en CDI au bout de sept ans.

Cette période de statut contractuel relevait d’une volonté personnelle, pour disposer de davantage de souplesse dans l’exercice de mes missions. Pour les mutations, c’est plus difficile, mais cela permet de ne pas être soumis aux mêmes contraintes, en termes d’évolution de carrière par exemple.

Il est probable que la baisse des dotations de l’État conduise à une baisse des recrutements de contractuels. Ce ne sera peut-être que temporaire, car les collectivités ont du mal à trouver des candidats en interne, fonctionnaires, pour les postes de développeurs territoriaux.

Le CNFPT ne forme pas vraiment au développement territorial. Aussi, le contrôle de légalité valide souvent le recours à un contractuel.

Comment s’organise la coopération entre services ?

La Politique de la Ville, au départ, c’est un peu un ovni dans des agglomérations comme la nôtre. Convaincre qu’elle peut – et doit – concerner l’ensemble de l’Agglo n’est pas une mince affaire, surtout avec des communes rurales. Sur les vingt-six communes de l’agglomération, seules trois étaient concernées par les CUCS/contrats de ville, une seule aujourd’hui, et évidemment, c’est la ville centre. La commission « Politique de la Ville » est composée de dix-huit élus, dont une majorité de ruraux. Pour certains, cette délégation n’a pas été un choix, surtout quand justement, on est un élu rural.

Implanter la Politique de la Ville, la positionner au-delà de son périmètre évident est un challenge, autant en interne aux services que dans la communauté. Pour autant, cette coopération est possible.

En interne, le positionnement de la Politique de la Ville dans une direction transversale a été un point d’appui important, facilitant le lancement de projets communs. Cela m’a permis d’engager une coopération avec mes collègues, en particulier avec le service Transports.

Le deuxième point d’appui, un peu le prétexte, a été l’Appel à Projet national conjoint des Ministères de la Ville et des Transports en 2009 sur mobilités & emploi, qui se traduisait par un soutien financier sur trois ans pour les lauréats.

Ayant proposé au DGA de postuler, j’ai pu entamer un travail avec le service Transports. La proposition externe venait justifier quelque peu l’évidence de travailler ensemble. Et pour moi, c’était la possibilité de m’adresser aussi aux élus « Transport ».

Nous avions six mois pour préparer notre candidature. La finalité : aider la mobilité des populations des quartiers, notamment via l’accès à l’emploi. Notre projet a été retenu et nous avons bénéficié d’un soutien financier de 360 000 € sur trois ans.

Il s’articulait autour de 4 axes dont le développement de lignes de transports pour répondre notamment aux besoins liés aux horaires de travail atypiques (mise en place de navettes desservant les 3 quartiers ZUS matin et soir) et celui d’un point relais information mobilité avec l’engagement d’agents accompagnateurs, pour travailler sur la mobilité physique et intellectuelle, en permettant une autonomisation des personnes sur l’accès à la mobilité. Autant de petites révolutions silencieuses.

Au-delà de travailler ensemble, il faut accepter de remettre en question nos présupposés et nos représentations. Et penser le long terme.

L’exemple de l’accompagnement est frappant en ce sens. Comprendre que pour certains, lire un plan, une grille horaire, comprendre le tracé d’un réseau, oser aller seul prendre un bus, … ce n’est pas évident, l’accepter et décider de faire quelque chose, eh bien, déjà là, on avance.

Mais aussi, celle d’adopter justement cette vision transversale. D’accepter que ce qui ne paraît pas bénéfique immédiatement pour moi, peut l’être pour la communauté, et donc finalement pour moi aussi… Penser le long terme en somme. Pour les élus « Ville », cette coopération a permis de comprendre les surcoûts de la desserte « Transports », pour les élus « Transports », les spécificités des besoins des quartiers ZUS quant à l’offre et à sa mise en œuvre. Enfin, cela a  permis de flécher des budgets de droit commun.

Cette coopération a ouvert des perspectives, facilité de nouvelles démarches. Il manque encore peut-être de l’autonomie dans la capacité à initier ce type de coopération « projet », il y a de la marge de manœuvre mais la porte est (entre-)ouverte !

Qu’en est-il de la coopération territoriale ?

«Ce qui est vrai pour les services, l’est tout autant pour les élus et les communes qu’ils représentent. La coopération territoriale est un vrai enjeu, et loin d’être évidente quand les élus concernés n’ont pas choisi cette représentation.

L’objectif est d’amener les élus à s’intéresser à la Politique de la Ville, en les amenant à participer en nombre aux réunions de la Commission, pendant toute la durée de la mandature. C’est leur faire comprendre que le transfert de la politique territoriale à l’agglomération n’est pas neutre, qu’il faut un « rattrapage » de ces quartiers, que toutes les communes doivent y participer. Et qu’en donnant, elles y gagnent aussi.

Toutes les communes doivent participer à la Politique de la Ville. En donnant, elles y gagnent aussi.

Quel exemple de réalisation est issu de cette coopération ?

Nous avons monté un projet de chantier international qui implique de jeunes adultes des quartiers sur des besoins des communes rurales.

Les  communes qui ont participé en dressent un bilan positif,  enclenchnt un investissement plus important sur la Politique de la Ville et adoptent une vision transversale. Pour les communes rurales, qui pâtissent d’un manque d’ingénierie territoriale et du retrait de l’État en la matière, l’intérêt est évident : le travail mené sur les quartiers pourrait l’être sur d’autres territoires de l’agglomération.

Avec ces projets concrets, on pose les bases d’une évolution vers un service « cohésion territoriale ».

Une interrogation concerne le schéma de mutualisation entre la Ville et l’Agglo  pour l’avenir. La crainte est de voir notre collectivité de projet devenir une collectivité de fonctionnement. Plusieurs de mes collègues craignent de voir leurs missions augmenter, notamment en termes de gestion d’équipe et de management et de ne plus pouvoir que gérer le flux administratif.

Comment voyez-vous votre métier aujourd’hui ?

La souplesse acquise par mon statut est un point d’appui important. De même, mon poste est co-financé par l’Agglo, le Conseil général et l’État, ce qui me facilite l’accès à un certain nombre d’interlocuteurs. Le travail en réseau est primordial pour entretenir cette fluidité.

J’observe parfois une réticence à aller vers l’extérieur, à co-construire, de peur d’aller moins vite, d’être mis en difficulté ou de perdre en maîtrise du dossier.

Reste qu’un tel fonctionnement suppose aussi une réelle latitude, une réelle confiance accordée par le Directeur de Cabinet notamment. Sur le fond, cette façon de fonctionner, basée sur la coopération et l’approche transversale, ce souhait de faire évoluer la Politique de la Ville vers une politique territoriale de solidarité sont partagés car ils profitent aux administrés, notamment aux ruraux. Sur la forme, c’est la vigilance et la neutralité qui priment, savoir gérer les dossiers sans faire de vagues politiques.

Cela suppose de pouvoir prendre la distance nécessaire et aussi de savoir lâcher un projet quand nécessaire. C’est une posture de retrait qui n’est d’ailleurs pas toujours évidente pour les jeunes professionnels. Ils peuvent avoir une vision un peu idyllique – «  on va développer du projet », vision entretenue peut-être par la formation où l’on ne présente pas assez les aspects administratifs de la mission.

Pour construire une politique territoriale de solidarité, il faut savoir gérer les dossiers sans faire de vagues politiques. Lâcher prise si nécessaire. Savoir adopter une posture de retrait.

Intervenant dans des formations (Licence Pro et Master), j’observe que la formation théorique est très pointue mais que c’est toujours la mise en situation qui est délicate, alors qu’elle permet de travailler sur le jeu d’acteurs. Mon rôle dans ces formations est donc de montrer « comment on adapte au terrain ? ».

A titre personnel, mon engagement dans des réseaux professionnels est important car il me permet de prendre du recul, d’échanger des idées… D’autant que je pourrai avoir tendance à ne pas laisser assez de place à mes élus, connaissant bien les partenaires et les dossiers, ayant une forte autonomie, je dois donc faire attention à ne pas mettre devant le fait accompli, à co-construire. Dans la coopération, je suis moi-même en situation de « lâcher » pour construire du commun.

Entretien réalisé par S. Cabantous en octobre 2014.

 Et vous, comment construisez-vous du commun ?

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