Normes, marges, tiers… une grille de lecture pour accompagner le changement et l’innovation.

L’innovation, on la pense généralement du côté de la marge. Et très vite, on se créée de la norme. Or l’innovation peut aussi se créer dans la norme. Que nous disent les témoignages du séminaire « Accompagner le changement et l’innovation : quelles pratiques et quelles compétences pour les professionnels du développement territorial ? » sur les notions de normes, de marges et de tiers ? C’est à ces notions que Mathilde Vanderrusten, Pascale Vincent et Luc Gwiazdzinki devaient être attentifs.


Les réflexions de Mathilde Vanderrusten (CNFPT) sur l’expérience du Pévèle… une autre lecture du témoignage de Sébastien Deviers.

 

 » Quelques précautions avant de lire les lignes qui suivent : ce retour que je vous propose s’appuie uniquement sur l’analyse de l’expérience du Pays Pévèlois dans son accompagnement des entreprises à la prise en compte du développement durable (DD) et la constitution d’un réseau d’entreprises autour du DD. Mon angle d’analyse a donc été de m’interroger sur : à partir de quand est-on dans la norme ? et à partir de quand est-on à la marge ?

« Si le développement durable devient la norme, une injonction, même injonction de marketing, alors les marges d’innovation et de changement ne sont-elles pas dans les activités annexes des entreprises : chasse au gaspillage, recherche de fidélisation des client, amélioration des relations avec les fournisseurs, fidélisation des salariés. ? »

« Si la norme est de viser les chefs d’entreprises, les marges d’innovation et de changement ne sont-elles pas les cadres de ces entreprises ? Les cadres des entreprises sortent de leur isolement (et donc à la marge du cœur d’activité de l’entreprise) dans les entreprises par rapport à la prise en compte du développement durable et deviennent alors source d’innovation et de changements ? »

« Si les démarches « qualité » des entreprises deviennent la norme, l’approche par les métiers, et le développement économique ne constitue-t-elle pas les zones de marges ? Une entreprise qui vend des tondeuses sort de sa zone de confort en impulsant la création d’une filière « espaces verts ». »

«  Si la norme est le business plan (lecture efficacité, bilan comptable, résultat d’entreprises), la lecture développement durable d’une entreprise (ou RSE), n’est-elle pas cette zone à la marge » qui permet l’innovation et le changement ? »

« Si la norme est la concurrence entre les entreprises (ou entre les territoires) la coopération n’est-elle pas cette zone d’innovation et de changement ? »

« Si les convictions des développeurs locaux sont les normes (renvoie à une forme d’injonction du développement durable, « on doit tendre vers cette conception du développement »), où sont les marges ? dans les stratégies de « petits pas »? «

« Si l’action du développeur économique relève de la normalité (« fait partie du job »), les marges ne sont-elles pas à replacer dans les représentations sociales du don et contre-don qui appellent d’autres formes de reconnaissances de l’action entre le bénéficiaire et l’acteur « donateur du service » : mettre en réseau des cadres d’entreprises peut être considéré comme « normal » par le bénéficiaire, faisant partie du travail ou au contraire être apprécié comme un acte supplémentaire relevant du don et donc le bénéficiaire remercie. »

« Si la structure est la norme, les marges sont-elles les individus? Comment, dans des processus d’innovation et de changement qui repose sur des individus, peut-on (ou doit-on) changer d’échelle pour modifier une structure ou un système ? »

«  Si la feuille de route est la norme (ex un PLDE, plan local de développement économique), la non linéarité n’est-elle pas l’innovation? en quoi la norme crée du développement économique ou n’en crée pas ? »

A retenir comme mots-clefs de définition de « norme » : zone de confort, durée, légalité. Les notions de normes et de marges renvoient alors aux notions d’évaluation, évaluation de l’utilité sociale.

L’INSET s’y connaît en marges avec « la forêt du petit bain » (à gauche, vue depuis la terrasse de l’INSET) >>

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Pascale Vincent (CIEDEL / UNADEL) sur l’expérience d’Esquelbecq… une autre lecture du témoignage de Philippe Pyliser.

 

 » Tout comme Mathilde Vanderrusten, mes propos reposeront sur l’analyse du témoignage apporté par le Pays des Moulions de Flandre sur l’expérience du Village du Livre à Esquelbecq.

Sur la notion de norme…

De quel type de norme s’agit-il ?

Ici le label est vu comme un outil non excluant, une norme non normative, qui permet d’intégrer la participation de bénévoles et différents critères, et donc d’inclure de la diversité et du développement. Nous ne sont plus dans les formes d’organisation excluantes, enfermantes, mais on crée de nouvelles normes incluantes. Et en englobant et en absorbant, on lie. Plus on est dans une norme qui va enfermer une forme, plus il faut s’interroger sur quels leviers il sera possible de s’appuyer pour créer de l’innovation.

Le regard constitue aussi une norme. A l’image du regard des habitants (« un livre, ça se mange pas ») qui ne considère pas le livre comme un potentiel de développement économique pour le village. Dans la conception du développement économique, il y a de la norme. La culture notamment, mais aussi l’ESS, ne sont toujours pas encore considérés comme des secteurs pouvant relever de l’économie. De même, les initiatives citoyennes ne sont pas vues comme pouvant contribuer au développement économique local.

Ici le Pays des Moulins de Flandre a joué un rôle fort pour appuyer, marquer un choix, mettre en place des conditions pour permettre de prendre des risques pour les petits projets. Sa perception non « normative » du développement économique a été décisive dans le projet.

Caractéristique du territoire, une des conditions favorables à l’émergence de l’innovation a été également l’existence d’une culture de l’ouverture à l’autre.

De même, le regard porté sur le développement durable et son approche constitue aujourd’hui également une norme par le poids et les normes qu’il représente, et par le poids donné à la dimension environnementale. On oublie ce qu’est le DD, et on oublie de requestionner le fond qui porte sur les questions de choix et de vision du monde. Cela nous interroge sur la diversité des visions de l’innovation et du DD, ainsi que les valeurs du DD. Quelle est la place de la culture, de l’innovation sociale et des initiatives citoyennes dans le DD ?

De plus la diversité n’est-elle pas dans le DD et au cœur du processus d’innovation ? Ne s’appuie-t-elle pas sur une gamme de produits, une démarche multi-acteurs, multi-niveaux, multi-secteurs ? Elle nécessite notamment de penser en complémentarité, respecter les identités (dans les partenariats publics-privés), des intermédiaires et des interfaces (rôle facilitateur), de laisser la place aux initiatives locales et leur permettre d’émerger (rapport entre petits et gros projets).

La norme est aussi dans l’évaluation : qu’est-ce qu’on regarde ? à l’image de résultats attendus dans le projet du Village du Livre. Il objectif de 10 installations était visé, mais seuls 6 ont eu lieu avec toutefois une grande diversité d’acteurs et une vie locale. Ici quels critères regarde-t-on pour évaluer le développement ? Est-on sur du quantitatif ou du qualitatif ? cela nécessite de regarder différemment ce qu’on appelle développement.

Sur la notion de marge…

Plusieurs éléments de réflexion :

  • Le rapport à la marge et à l’autre est conditionné à la capacité d’ouverture de de soi et du territoire.

  • Travailler les marges nécessite de savoir visualiser la et les identités.

  • Où est la marge entre le local et le global ?

Sur la notion de développement…

Quelques réflexions :

  • Le développement doit être pensé comme un mouvement, un processus collectif, un chemin de socialisation.

  • Il faut du sens commun pour réunir l’individualité et le collectif.

  • Il faut penser à laisser des traces sur la construction du monde en devenir, sur l’être au nouveau-monde

Sur le rôle de l’accompagnement…

Ici le rôle du développeur est de :

  • accompagner des dynamiques et les consolider ;

  • travailler la confiance et l’assurance pour travailler la stabilité et la continuité (cf fonds d’assurance) ;

  • installer l’attention et l’accueil ;

  • travailler l’ouverture ;

  • s’appuyer sur la formation ;

  • mettre à disposition des ressources pour soutenir (expression de la solidarité territoriale et de la solidarité entre acteurs). »

 

Luc Gwiazdzinki et la notion de tiers

 

Concernant la notion de tiers, voici ce que l’étude les expériences de Sébastien Deviers et de Philippe Pyliser ont révélé :

Expérience de Sébastien

  • Le tiers lieu : Il peut permettre la découverte de bonnes pratiques. Ici c’est la valeur de l’exemple que l’on cherche. On les déplace dans leur univers. On les bouge, différemment, mais sur des lieux qui leur sont familiers. On les bouscule et on les rassure, on les bouge, mais pas trop… Ici on a affaire avec des entreprises, mais quand est-il avec des élus
  • Le tiers temps : ici, ce sont des temps à l’extérieur, source de convivialité
  • Le tiers objet : clairement la bière !
  • La tierce personne : ici, c’est Sébastien, le développeur qui se pose la question de « Jusqu’où ne pas ? » : jusqu’à quand il devient le support du collectif (d’entreprises) ? et jusqu’à quand il peut prendre du recul et ne devient pas la tête de gondole du projet ?
  • Le tiers image : ici, ce sont les plaquettes pour les entreprises. On y voit les entrepreneurs mais est-ce pour autant eux ? La plaquette ne neutralise-t-elle pas leur image ?

Expérience de Philippe

  • Le tiers lieu :

    • C’est ici l’épicerie culturelle, mais aussi le village dont on investit l’espace. Il est transformé par le livre.

    • Ce peut être une zone autonome temporaire, ou des évènementiels où l’on crée du tiers, puis on rentre chez soi.

  • Le tiers temps : ce sont les animations, l’événementiel, les marchés, les promenades rencontres…

  • La tierce personne :

    • c’est le développeur mais aussi la figure des intermittents

    • Cela interpelle ici la question du collectif, car ce qui entre en jeu relève souvent des individus.

  • Le tiers réseau avec les parcours touristiques

  • Tiers objet : c’est le livre. Mais c’est un tiers leurre car ici la vraie question est la rencontre, les rencontres sur le livre et celles qui prennent prétexte du livre. Il y a une forme de hasard d’où des choses peuvent naitre (sérendipité). Une fois celui-ci installé, se crée un processus de patrimonialisation qui fait oublier finalement que le livre n’était qu’un prétexte.

 

Éléments de réflexion

  • L’analyse des projets pose la question de la place et de l’importance du collectif alors que beaucoup de choses relève des individus.

  • Comment et que évalue-t-on ?

    • Dans l’expérience du Village du Livre, ce pourrait être « Est-ce qu’il y a plus de gens qui lisent plus qu’ailleurs ? » et pourtant, ce n’est pas cela qu’on va évaluer… Ce qu’on évaluera sera plus probablement « le nombre de personnes qui viennent à la foire… »

    • Dans l’expérience du Pévèlois : il y a eu une appropriation progressive par les dirigeants qui se sont sentis mobilisés et valorisés lors des soirées où ils ont été amenés à témoigner. Aujourd’hui certains s’investissent pour témoigner à l’extérieur (= c’est un résultat). Sur l’enjeu de massification, quand on regarde, ce sont actuellement 11 entreprises qui se mobilisent de manière active, c’est peu sur les 600 entreprises du territoire. Mais doit-on ne voir que les chiffres ?

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