Olivier David, président de Rennes 2, au Congrès des développeurs territoriaux

Allocution de clôture d’Olivier David, président de Rennes 2, au Congrès des développeurs territoriaux, Rennes, 26 juin 2015

Madame Sylvie Roger, représentante du Commissariat général à l’égalité des territoires et  responsable de la délégation Ville,

Monsieur Thierry Burlot, vice-président du conseil régional de Bretagne, chargé de l’aménagement du territoire et de l’environnement, et Pierre Pouliquen (président de la commission aménagement du Conseil régional de Bretagne),

Monsieur Claude Grivel, président de l’Unadel, représentant les co-organisateurs,

Mesdames, Messieurs les élus locaux,

Mesdames, Messieurs les professionnels du développement local,

Mesdames, Messieurs, Chers collègues personnels des universités rennaises,

Mesdames et Messieurs,

C’est à la fois avec un immense plaisir mais aussi avec un grand honneur que je conclus avec vous cet après-midi ce 2ème congrès des développeurs territoriaux, organisé conjointement par l’UNADEL, l’IRDSU et le Collectif Ville-Campagne. Cela est d’autant plus symbolique pour moi que c’est l’une des premières allocutions que je réalise en tant que Président de l’Université Rennes 2. Et je suis particulièrement sensible au fait que ce soit à l’occasion de ce congrès, dont la forme répond pleinement à l’idée que je me fais des transferts nécessaires entre le monde de la recherche, le monde de l’action publique, les milieux professionnels et le monde politique.

Sans doute que mon plaisir, et l’intérêt à participer à votre manifestation, sont-il égoïstement liés au fait que je sois géographe. Ayant essentiellement travaillé sur les liens entre la mise en œuvre des politiques éducatives et sociales et le développement et l’aménagement des territoires, je mesure combien les réflexions que vous menez depuis hier sont importantes dans le contexte de réforme territoriale qui est le nôtre aujourd’hui. Sans doute que mon autre casquette d’élu local participe tout autant à mon intérêt pour ces questions.

J’aimerais, de ce point de vue, revenir sur plusieurs dimensions qui me paraissent importantes dans le débat que vous avez engagé :

  • Les recompositions territoriales représentent en effet un sujet majeur pour les professionnels du développement local. Les évolutions démographiques, sociales et culturelles, économiques et politiques à l’œuvre dans les territoires sont des processus majeurs, qu’il faut appréhender pour pouvoir définir des politiques de développement adaptés aux besoins des sociétés locales. Etre capable de les analyser, pour ne pas dire de les anticiper, d’en comprendre les ressorts et les déterminants est un enjeu central pour les élus politiques et les professionnels de l’aménagement et du développement local. Dans ce domaine, la relation avec les universités peut être particulièrement féconde, et nous en avons déjà fait la démonstration dans une université comme Rennes 2. Les universités, dans leurs missions d’expertise et de recherche d’une part, de formation continue et initiale de l’autre, peuvent contribuer à accompagner les professionnels et les élus dans cette perspective. Je prendrai l’exemple tout récent d’une convention de partenariat, et j’insiste sur le fait que nous parlions ici de partenariat et non pas de convention d’étude ou de recherche, avec le Conseil Général d’Ille-et-Vilaine, où nous avons accompagné les élus et les acteurs territoriaux dans une démarche de réflexion préalable à la mise en œuvre d’une politique « Bouclier Rural », visant à proposer des solutions pour garantir une proximité des services aux populations vivant dans les espaces ruraux de faible densité du département. Les préconisations, et les points structurants de la politique définie, ont réellement émergé de la confrontation des points de vue et des idées des différentes parties prenantes, mélangeant à la fois l’expertise et les travaux de recherche universitaires, l’analyse des pratiques des acteurs territoriaux, les réflexions politiques et stratégiques des élus politiques, etc. Dans ce type de démarche, l’université devient un acteur à part entière de son territoire, ici à l’échelle départementale, mais cela vaut évidemment à plein d’autres niveaux.
  • Deuxième élément de réflexion, de quoi parle-t-on quand on évoque les recompositions territoriales ? De quelles recompositions s’agit-il et à quels territoires fait-on référence ? Les enjeux sont multiples et l’articulation des échelles est aujourd’hui incontournable.
    • Tous les acteurs économiques, politiques ou universitaires sont aujourd’hui soumis à des évolutions systémiques qui interfèrent obligatoirement sur leurs logiques d’action. Plusieurs exemples suffisent à l’illustrer. Ces recompositions peuvent découler du contexte économique, où le libéralisme concurrentiel dominant exacerbe les disparités territoriales, les rivalités entre acteurs territoriaux, ces faits intervenant à l’échelle locale comme à l’échelle globale. Le contexte environnemental est également un élément de plus en plus prégnant dans ces recompositions territoriales : les menaces pour la planète nous engagent aujourd’hui tous pour des choix de développement plus respectueux des générations futures. De telles évolutions questionnent les logiques de solidarité, entre générations, entre territoires et posent en toile de fond la durabilité même de nos modes de vie, de nos modes de production, etc.
    • Par ailleurs, les recompositions territoriales sont aussi directement liées aux lois et aux cadres qui définissent et font évoluer les territoires politico-administratifs, ce que d’aucuns résument parfois à la réforme territoriale, voire au big-bang territorial. Dans le champ universitaire, les recompositions à l’œuvre sont nombreuses depuis plusieurs décennies, et sur le temps long, peuvent même apparaître contradictoires. Dans les années 1990, l’heure était plutôt à la diffusion des antennes délocalisées et à la création de nouvelles universités, alors qu’aujourd’hui, nous sommes dans un contexte d’incitation ou d’obligation de regroupements des établissements d’ESR. C’est ce qui se passe actuellement autour des communautés d’universités et d’établissements. Ces évolutions influencent inévitablement les logiques des acteurs universitaires. Si vous y ajoutez la recomposition de la carte des régions, des métropoles, la redéfinition des compétences des départements, les processus en jeux sont particulièrement complexes à articuler, et de telles évolutions ne sont pas toujours simples à appréhender par les universités, sans compter les conséquences de telles évolutions sur les partenariats avec les collectivités territoriales et les différents acteurs territoriaux.
  • Dans ce contexte mouvant, les universités, en tant qu’acteurs des territoires en recompositions, doivent adapter leur offre de formation, et tout particulièrement dans le champ du développement territorial. La prise en compte de toutes ces problématiques suppose des formations en sciences humaines et sociales dans leur diversité et qui s’ouvrent aux autres domaines scientifiques. En effet, les recompositions des territoires bousculent les découpages disciplinaires classiques de l’offre de formation et plaident pour des logiques de site et une coordination visant à structurer une offre de formation qui réponde vraiment à l’évolution des besoins, donc des métiers. Pour toutes ces raisons, il était donc important que les 2 universités rennaises soient partenaires de ce Congrès, même s’il a lieu dans une seule. Il ne faut pas oublier non plus que d’autres établissements du site sont concernés, dont Agrocampus, par qui les premiers contacts avec l’UNADEL ont été établis, et Sciences Po Rennes. Ces collaborations pédagogiques nous permettront de proposer des formations adaptées à l’évolution des métiers mais aussi de contribuer à ce que les professionnels déjà en exercice ne subissent pas ces évolutions, qu’ils et elles en comprennent les logiques et les enjeux, soient plus à mêmes de répondre aux nécessaires évolutions. C’est tout le rôle que les universités peuvent jouer dans la proposition d’une offre de formation continue qui ne saurait être complètement déconnectée de leurs domaines de formations initiales et de recherche.
  • Enfin, les universités sont aussi directement concernées dans leurs missions de recherche et d’expertise, nous l’avons déjà évoqué tout à l’heure. Il m’est impossible dans le temps disponible de faire une liste exhaustive des thèmes de recherche qui nous concernent potentiellement, notamment à Rennes 2, mais nous pouvons citer plusieurs équipes de recherche, sur le site rennais, dont les contributions peuvent servir et nourrir nos problématiques : ESO, CRAPE, CREM, la MSHB. Au sein de celles-ci, les enseignants-chercheurs proposent des enseignements qui sont en phase avec les recherches qu’ils et elles développent, les expertises qu’ils et elles apportent, les analyses des politiques publiques qu’ils et elles conduisent, le tout avec leurs propres valeurs.

Vous le voyez, la question des recompositions territoriales traverse le quotidien des universités. En tant qu’acteur de son territoire, l’université constitue ainsi un lieu de débat et de rencontre approprié entre les différentes parties prenantes du développement territorial.

Je vous remercie.

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