Petit historique de la participation et de ses références par Gérard Gasselin

logo solidarités villesLors du séminaire « Démarches participatives : les professionnels du développement territorial au service des processus de participation et de « faire ensemble » (22 janvier 2015 – Toulouse), Gérard Gasselin nous a livré en introduction quelques éléments d’éclairage sur la notion de participation.


 » D’où je vous parle ce matin ? Je suis urbaniste. Mes expériences professionnelles m’ont amenées à travailler à la réhabilitation des quartiers anciens, à la mise en œuvre de la Politique de la Ville mais aussi à la coopération internationale. J’ai créé, à Toulouse, l’association Solidarité Villes qui a été à l’origine des Ateliers du Citoyen. Je m’investis sur les questions de démocratie participative au sein du Conseil de Développement de Toulouse Métropole.

Je fais partie du groupe de travail « participation » du Carrefour des métiers et des professionnels du développement territorial.

Pourquoi un groupe spécifique sur la participation ?

La participation est un leitmotiv dans la Politique de la Ville mais elle est aussi aujourd’hui inscrite dans de nombreux textes officiels.

Et pourtant… dans les faits la participation « véritable » est quasi inexistante.

Comment faire alors pour les développeurs territoriaux ? Ils sont enjoints de mettre en œuvre des processus de participation. On aurait qui plus est tendance à penser que la participation est consubstantielle de leur mission. Et pourtant dans la réalité, beaucoup se sentent démunis ou à côté des véritables enjeux.

Alors pour amorcer notre travail, je me suis dit qu’il serait utile de regarder en arrière, sur ce qu’est ou a été la participation citoyenne ces dernières années. Et aussi, essayer de se raccorder aux courants de pensée qui innerve ces questions.

On peut déjà se dire qu’il faut faire attention au vocabulaire. Je reprendrai ici la typologie de Sherry Arnstein qui distingue information, consultation, concertation, coproduction… Les mots ont un sens mais la langue de bois est fort répandue chez chacun d’entre nous…

Petit rappel historique donc

Dans les années 60 – 70 étaient les luttes urbaines qu’on pourrait qualifier de transposition des luttes sociales dans le domaine du cadre de vie. Il y avait un idéal autogestionnaire, le rêve d’une « démocratie radicale » s’inspirant de l’advocacy planning aux Etats-Unis, des comités de citoyens au Québec. Je vous invite à lire ou relire l’ouvrage d’Alinsky «être radical » qui porte sur le community organising.

En France, on peut se référer à l’exemple mythique de l’Alma Gare à Roubaix. Mais on peut aussi citer les Groupes d’Action Municipale (GAM) avec Dubedout et Rocard, la création de l’Adels avec Georges Gontcharoff ou encore Albert Mollet et son « quand les habitants prennent la parole » ou Michel Anselme pour le Petit Séminaire à Marseille…

En 81, la gauche arrive au pouvoir mais c’est aussi le temps des émeutes de Vaulx en Velin et la naissance dans la foulée de la Commission nationale pour le développement social des quartiers. Il s’agit de « faire des habitants des acteurs du changement ». C’est une inspiration de la pensée de Paulo Freire. Les institutions sont enjointes de passer d’une logique de gestion à une logique de développement pour partir des besoins des habitants en termes de logement, de sécurité, de transport… et de mobiliser « l’expertise d’usage ».

C’est un échec. Les classes populaires ne sont pas mobilisées sur ces enjeux.

Dans le même temps, c’en est fini des luttes urbaines. On se contente d’en appeler à la responsabilité des citoyens. On passe progressivement de la citoyenneté au civisme…

La troisième période est marquée par une profusion de textes officiels : loi Voynet, loi Vaillant, loi Borloo, etc. Et plus récemment la loi de février 2014 sur la Politique de la Ville avec la création obligatoire des conseils citoyens.

Une période qui voit aussi émerger une mobilisation qui ne passe plus par les démarches officielles de concertation. Les initiatives citoyennes se multiplient, souvent déconnectées des politiques locales mais qui correspondent à une véritable attente des citoyens

Schématiquement, on observe deux positions opposées :

D’un côté, l’injonction participative serait la demande, faite aux « pauvres », de se comporter en citoyens responsables. Il faut remettre sur le droit chemin ces êtres « incivils » avec en arrière pensée le souci de maintenir la paix sociale : si les gens participent ils ne feront pas la révolution. On est dans la régulation, la manipulation.

De l’autre, c’est la notion d’ empowerment, l’espoir d’une émancipation sociale et politique, la possibilité de faire émerger des contre-pouvoirs. Ou« la contre démocratie » dans une démocratie qui est gravement malade. Jamais la confiance des citoyens n’a été aussi basse. Jamais l’abstention aux élections n’a été aussi élevée y compris dans les élections locales : le désenchantement démocratique peut dériver sur des thèses populistes et des gouvernements autoritaires…

Il me semble qu’il faut sortir de cette vision binaire : la réalité est que la participation ne produit pas les mêmes effets suivant les contextes et les méthodologies adoptées. Outil de manipulation dans certains cas, la participation peut aussi être un facteur d’émancipation et de lien social. Ainsi, la réunion publique est un « outil » particulièrement utilisé dans les démarches de concertation et qui peut avoir des effets positifs ou négatifs suivant la façon dont elle est organisée.

Les professionnels du développement territorial tiennent ici une place importante, alors qu’ils ne sont pas tous – loin s’en faut – des professionnels de la concertation. La participation ne se décrète pas, ne s’improvise pas. Elle se construit avec discernement si on est clair sur les finalités, si on est capable de respecter certains principes dans sa mise en œuvre, si on maîtrise différents outils et méthodes… Bref si on fait preuve d’une véritable qualité d’écoute et de respect des habitants, de leur rythme de vie, de leurs savoirs être et savoirs faire… Cela n’est pas forcément inné et l’enjeu d’une formation qui soit inspirée des principes de l’éducation populaire est réel. Pour les habitants, pour les élus mais surtout pour les professionnels qui ont en charge cette responsabilité. »

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