Place à l’innovation !

C’est à l’Inset de Dunkerque que la vingtaine de participants au séminaire sur les pratiques d’accompagnement du changement et de l’innovation sociale, organisé par le Carrefour des métiers, a été accueillie le jeudi 29 janvier.

Les échanges ont permis de cerner la problématique, de mieux se connaître, de réfléchir sur ses pratiques et de repartir avec de l’énergie pour entreprendre. Retour sur quelques moments-clés de cette journée.

L’accueil est chaleureux sous les verrières lumineuses de la Halle aux sucres, siège de l’Inset de Dunkerque. En ce jeudi 29 janvier, le ciel bleu pommelé et la bonne humeur de l’équipe animée par Mathilde Vanderrusten, conseillère formation qui reçoit le groupe, impulsent une entrée en matière placée sous le signe de la convivialité. La journée démarre par une présentation iconoclaste du géographe Luc Gwiazdzinski, enseignant-chercheur à l’université de Grenoble. Ses réflexions sont le fruit d’une longue expérience dans le secteur de l’innovation sociale et des territoires, lui qui a dirigé aussi une agence d’urbanisme et une agence des mobilités et du temps.

29 janvier 2015. Le séminaire Innovation sociale se déroule à Dunkerque, à la Halle aux Sucres.
29 janvier 2015. Le séminaire Innovation sociale se déroule à Dunkerque, à la Halle aux Sucres.

Déséquilibres féconds

Quel est son éclairage sur l’innovation dans les territoires ? « Le constat est le suivant : les collectivités sont peu innovantes, les territoires peu organisés, il n’y a pas de recherche et développement. Les professionnels savent récolter des données, faire des statistiques. Mais la création et l’innovation demandent une prise de risque, et les personnes prêtent à aller à la rencontre des habitants se font rares. » Partant de là, comment les développeurs territoriaux peuvent-ils innover et accompagner ce changement ? « En faisant de la maïeutique. Un territoire, c’est un endroit où l’on se rencontre, les marges sont importantes. Comme dans un match de foot, les buts ne se marquent pas au centre ! L’innovation suit la même logique, ce qui est en-dehors est important, ce qui est tiers : investir des tiers lieux, des tiers temps, des tiers espaces, permet de créer des conditions où peuvent émerger des idées innovantes. » Parmi les ingrédients, il faudra aussi au développeur du courage, du décalage, et du plaisir ! À la manière d’un animateur tout-terrain, il doit savoir mettre de l’ambiance, « c’est un éditorialiste qui donne du sens, un designer, qui travaille le fond et la forme », explique le géographe, qui a lui-même, à l’aide d’étudiants complices, organisé de nombreuses aventures citoyennes visant à déstabiliser, provoquer le déséquilibre fécond. Marches de nuit dans les villes, pour déconstruire les stéréotypes sur les banlieues ou encore Brigade d’Intervention Conviviale (BIC), qui manie aussi des armes dangereuses, mais seulement pour les zygomatiques, comme l’attentat à l’anniversaire : plus sympathique que le taser ! Certaines expériences sont visionnables sur le site du master Innovation et Territoire.

Genève explore sa nuit, traversée nocturne de la métropole transfrontalière de Genève, 14’40, septembre 2013. Vidéo réalisée par le Master Innovation et Territoire dans le cadre d’un partenariat avec la ville de Genève.

Preuve par l’exemple

La suite de la matinée fait place à un atelier pratique, qui permet aux participants de décrypter la genèse de deux expérimentations innovantes. Deux animateurs présentent au préalable leur projet. Philippe Pilyser, chargé de mission économie au Pays des Moulins de Flandre, retrace le parcours du village d’Esquelbecq, estampillé « village du livre » depuis 2007. Son témoignage donne des clés pour comprendre comment une dynamique de développement rural, économique et culturel, a vu le jour, partant de l’initiative d’une habitante. De même, Sébastien Deviers, responsable du pôle développement économique à la communauté de communes du Pays de Pévèle, revient sur la démarche de développement économique menée en partenariat avec le tissu entrepreneurial local.

À partir de ces exemples, les participants identifient les facteurs qui favorisent l’émergence des projets, et les points de blocage. On retrouve, dans les deux projets, la créativité, l’exploration des marges, l’intervention de tiers, le dépassement des normes, une part d’initiative citoyenne, des partenariats, des acteurs multiples et motivés. Présents aussi, un ferment local, une dynamique de territoire pré-existante, un patrimoine commun, qui viennent au service du projet. Ces ateliers font écho avec les propos du matin : l’innovation ne se trouve pas forcément dans le résultat produit, mais dans la démarche elle-même.

Barbapapa façon yuzu

Les participants se retrouvent ensuite autour d’un repas. Les débats se poursuivent. Des questionnements émergent, autour d’une bonne blanquette et d’une tarte au citron / barbapapa façon yuzu : là aussi, la créativité est au rendez-vous !

Barbapapa façon yuzu : la créativité jusque dans l'assiette !
Barbapapa façon yuzu : la créativité jusque dans l’assiette !

Après la pause repas, vient le quart d’heure philo, avec les regards de Pascale Vincent, anthropologue et chargée de formation au Ciedel, de Mathilde Vanderrusten et des participants : quelle durabilité pour ces expériences, quelle évaluation peut-on en faire ? Si la marge devient la norme, le processus est-il encore valable ? Quels sont les risques pour le développeur ? A-t-il suffisamment de recul sur ses pratiques, quelles traces sont-elles laissées au final ? Peut-il être instrumentalisé, servir de faire-valoir à quelques-uns ? Quelles sont les marges de progression, comment revisiter le passé pour reconstruire l’avenir ? Les observateurs s’accordent sur la nécessité de mener un travail de médiation, de faire en sorte que les acteurs arrivent à opérer, ensemble, de porter une vision fédératrice, d’initier une dynamique à consolider. L’innovation mène aussi au champ politique, elle peut aussi être la voie pour accéder à un autre niveau d’intervention.

Milieu de l’après-midi. La séquence suivante offre un temps aux participants pour découvrir comment, eux aussi, ils ont eu à faire face aux mêmes problématiques : comment ils ont, dans leurs pratiques professionnelles, « fait avec, fait pour, fait contre » comment ils ont fait des concessions, dépassé les peurs, fréquenté les marges, et innové. Chacun présente rapidement son retour sur une expérience, en petits groupes.

Sophie Cauwet, de la communauté d’agglomération du Boulonnais, présente la création de la « Bou’Sol», une monnaie locale qui a vu le jour en 2013. David Moulin, directeur adjoint du Syndicat mixte Espaces naturels régionaux, choisit quant à lui l’expérimentation « récolte », un réseau social professionnel sur internet, au service des acteurs et projets territoriaux. Chacun trouve dans son vécu de la matière qui vient étoffer le propos.

La journée s’achève par une mise en commun des enseignements, des commentaires à chaud. Grâce à l’impulsion enthousiaste d’un chercheur hors-labo, à la présentation de cas pratiques décryptés, au regard décalé d’une anthropologue et de la bonne volonté de tous, chaque participant a découvert et présenté une expérience personnelle dans laquelle les ingrédients de l’innovation sont présents. Une rapide introspection qui permet de consolider l’idée que tous disposent des atouts pour créer. Rendez-vous est pris pour le prochain séminaire inter-groupes, en attendant le 2e Congrès des développeurs territoriaux début juillet à Rennes, qui ne manquera pas d’innover !

Blanche Vandecasteele

2 résponses à “Place à l’innovation !”

  1. Blanche VANDECASTEELE

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  2. Place à l’innovation ! | Dé...

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