Compétences et transmission des compétences

Regards croisés d’Elise Turquin (Université de Grenoble) et Claudine Pilton (ARADEL)  sur les compétences et sur la transmission de ces compétences.

Ces témoignages proviennent du décryptage des « parcours d’acquisition de compétences » du séminaire « Quels contenus et modalités de formations au développement territorial pour l’acquisition des nouvelles compétences professionnelles ? » 3 février 2015 – Eurre (26).

 

Regard d’Elise Turquin sur les compétences

IMG_0146«  Je note une facilité à parler des activités menées par les uns et les autres. Mais parler des compétences, c’est plus difficile semble-t-il. C’est finalement souvent lié aux autres qui vont nous reconnaître une compétence ou au contraire nous aider à repérer un besoin.

Si l’expression des besoins est difficile, je note par contre une capacité certaine à identifier des problèmes à résoudre et à aller chercher des réponses. A condition de se sentir en confiance et légitime pour agir.

Aller chercher les réponses, c’est être en capacité d’identifier et de croiser de multiples ressources : des ressources internes, externes. C’est aller braconner, être à l’écoute de ce qui se joue, aller chercher ailleurs ce qu’on n’a pas soi-même. C’est aussi transposer les connaissances et compétences acquises d’une activité à une autre.

Il faut pour cela une certaine appétence, une envie. Tous les témoins de ce matin en font clairement preuve.

Mais pour autant, tous disent aussi que ce n’est pas gagné. La tête dans le guidon en permanence, ça n’aide pas pour prioriser les activités ni pour opérer cette prise de recul.

Ce qui ressort en termes de compétences, c’est à mon sens l’interculturalité, la capacité à penser différemment, à se décentrer, l’humilité qui permet de sortir d’une posture de sachant et d’adopter celle de l’apprenant.

Il y a une part de débrouillardise finalement dans ces parcours, pour argumenter d’aller en formation, pour construire sa solution. Une débrouillardise à l’image de leur métier sans doute ? Une des compétences du développement territorial.

C’est finalement une dimension ingénieuse de l’ingénierie territoriale qui semble mise en lumière par les échanges, et qui éclaire peut-être sous un autre angle les difficultés à penser la formation et l’apprentissage dans ce champ d’action.

Fondé sur l’application de connaissances scientifiques dans un contexte maîtrisé en vue de la résolution d’un problème, le paradigme de l’ingénieur semble fondamentalement interpellé, voire remis en cause, par l’importance accordée à l’ingéniosité pour agir et penser dans la complexité. C’est pourtant encore largement dans ce cadre conceptuel que s’inscrivent les logiques de recherche, d’enseignement/de formation et d’action.

Quelle place donc pour l’ingéniosité dans un système qui fonde encore largement sa légitimité et sa pertinence sur une rationalité scientifique cartésienne évinçant la complexité et les incertitudes? Au-delà des enjeux organisationnels et structurels en termes de formation, c’est plus largement un défi cognitif qu’il semble falloir relever pour répondre aux mutations à l’œuvre dans le champ du développement territorial.

Regard de Claudine Pilton sur la transmission des compétences

« Comment accueillir de nouvelles compétences ? Comment peuvent-elles être transmises ? Comment les transmettre à d’autres ? C’est avec ces trois questions que j’ai écouté une partie des différents témoignages.

Je note avant tout qu’il existe un état d’esprit. Ce sont des gens curieux qui lisent, observent, vont frapper aux portes des réseaux… Ce sont des personnes volontaires qui se remettent en cause, qui savent dire non. Ce sont des personnes à l’écoute, qui font preuve d’humilité, mais aussi de bon sens, qui sont concrètes et réactives. Ces qualités leur permettent sans doute de savoir accueillir justement de nouvelles compétences.

Ressort très fortement le sens et les valeurs portées par nos trois témoins. Ils ne sont pas là par hasard, ils veulent peut-être aussi acquérir des compétences pour mieux donner corps à ces valeurs dans leur lieu de travail ?

Il y a je trouve aussi quelque chose d’essentiel dès lors que l’on parle d’acquisition de compétences : la capacité à identifier qu’on n’a pas toutes les compétences et qu’il faut aller les chercher ailleurs.

En termes de mode de transmission, je retiendrai : des formations initiales qui sont le socle de leur parcours, des formations continues souvent en alternance qui rendues difficiles par des questions de temps et de coût, mais surtout, plein d’autres ressources, qui ne sont pas la formation justement : l’observation, la lecture, les réseaux professionnels qu’il faut repérer, rencontrer, les partenaires, les consultants, les témoignages… tiennent le haut du pavé. C’est interrogeant pour les organismes de formation. Est-ce juste des questions de moyens ou est-ce que cela nous dit autre chose ? Sur l’offre, sur les approches pédagogiques ?

Pour ce qui relève de la transmission à d’autres, on l’a peu évoquée en fait, si ce n’est la transmission à des stagiaires ou des apprentis qui sont dans l’organisme. Selon quelles modalités ? Comment on mesure son effectivité ? Quid de la transmission à ses collègues, homologues, pairs ? Etc. Il y a beaucoup de questions à travailler. »

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