Coopérer entre et dans les territoires : quelles conditions ? Quelles pratiques ?

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Le 13 février 2015, le séminaire « Coopérer entre et dans les territoires : quelles conditions ? Quelles pratiques ?« , co-organisé avec l’ARDTA a réuni une trentaine de participants au Domaine du Val d’Auzon, près de Clermont-Ferrand.


Introduction

Depuis 2010, nous avons l’impression d’assister à une réforme territoriale « en continu ».

Associée à la nouvelle phase de décentralisation, cette réforme interroge sur les missions des uns et des autres, sur l’organisation de notre territoire. La montée en puissance de l’intercommunalité, des Régions et de l’Europe, la reconfiguration des périmètres, missions, compétences des Départements et des Régions, la recomposition des relations avec les territoires de projets… Tout cela pose la question des stratégies territoriales, et de manière singulière celle des coopérations.

Parallèlement, la raréfaction des ressources (baisse des dotations de l’Etat) se confirme alors que l’autonomie fiscale des collectivités (même partielle) n’est toujours pas à l’ordre du jour.

A ressources financières réduites, l’affectation de l’euro marginal devient stratégique, et annonciateur de profonds changements dans l’organisation de l’ingénierie territoriale. La mise en place des « schémas de mutualisation » en est le miroir grossissant.

Enfin, la prise en compte des enjeux de cohésion sociale et de développement durable invitent à dépasser les limites habituelles de nos territoires.

Ces évolutions ne sont pas sans produire un certain « stress territorial ». Mais elles peuvent aussi être l’amorce d’une nouvelle ingénierie publique. Sur le terrain les démarches se développent. Ces démarches s’appuient sur des compétences déjà acquises. Elles font émerger aussi de nouveaux modes d’organisation, de nouvelles façons de faire.

Quelles sont les conséquences de ce contexte mouvant et quelles questions se posent-ils ? Quelles sont les conditions facilitatrices au développement des démarches de coopération ? Quels points de vigilance ou recommandations en termes d’organisation, de postures et de compétences pouvons-nous mettre en exergue pour inventer l’ingénierie publique de demain ?

C’est le contexte dans lequel s’inscrit ce séminaire. En décryptant des situations de coopérations, des initiatives nouvelles autant que les ressorts des démarches en place, il s’agit de décrypter les enjeux, ce qui se joue aujourd’hui, ce que les développeurs territoriaux font et comment. Et de construire collectivement des pistes pour le métier de développeur territorial aujourd’hui et demain.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, faisons un détour par le terme coopération. Un terme qu’on utilise beaucoup et indifféremment. Pourtant, dans nos pratiques, nous savons bien que la mutualisation de services ou le partenariat entre collectivités de différents échelons, ce n’est pas tout à fait pareil. Intuitivement, nous savons aussi que travailler avec nos collègues ou mobiliser des acteurs privés, ce n’est pas non plus tout à fait pareil…

Un terme qu’on utilise souvent donc sans finalement se poser la question de ce qu’il signifie pour les personnes en situation de coopération, ce que cette coopération suppose en termes de comportements, savoir-faire, savoir-être. Et donc pas seulement en termes de méthode.

Un terme qu’on utilise souvent aussi sans verbaliser, formaliser les finalités des uns et des autres, de nos organisations…

Si on prend une définition, la coopération est l’action de participer à une œuvre commune.

Parler de coopération pour le développement territorial nous invite à réfléchir :

  • aux objets de coopération

    • coopération organisationnelle entre échelles de territoires portant essentiellement sur les compétences respectives – techniques, de gestion, de pilotage (ex. communes et intercommunalités)
    • coopération sur un projet, du plus petit au projet de territoire (ex. stratégie Pays)
  • aux acteurs concernés par la coopération

    • coopération entre structures publiques
    • coopération entre structures publiques et privées (y inclus les acteurs du territoire, la société civile)
    • coopération entre services d’une même structure
    • coopération entre personnes
  • à l’organisation de la coopération :

    • coopération verticale entre entités territoriales emboîtées (ex. PNR et Région)
    • coopération horizontale entre entités territoriales voisines ou structures œuvrant sur un même territoires (ex. intercommunalités incluses dans un même Pays)
  • aux finalités de la coopération

    • travailler ensemble sur des finalités communes (quitte à abandonner une partie de ses prérogatives pour l’intérêt commun)

    • travailler avec d’autres pour sa propre finalité (= coopération alibi…)

Quid de la mutualisation dans tout ça ?

Dans le langage courant, la mutualisation est le fait de faire passer un risque ou une dépense à la charge d’un système de solidarité entre individus ou groupes d’individus.

Aujourd’hui, lorsque l’on parle de mutualisation, on pense avant tout à la mutualisation des services entre communes et intercommunalités.

On retiendra que la mutualisation est la situation d’un service et de ses agents placés sous une autorité hiérarchique partagée (à distinguer d’un transfert ou d’une prestation pour laquelle il n’y a pas de changement d’autorité).

Le choix de la mutualisation plutôt que le transfert est signifiant, puisque réversible. Donc le choix de la mutualisation renvoie aussi à la finalité des acteurs en présence. En somme, la mutualisation est une forme de coopération.

Nous faisons le pari que la coopération peut être un point d’appui pour inventer l’ingénierie territoriale de demain.

Séquence « Décrypter une situation de coopération »

A partir du récit d’une situation de coopération, les participants étaient invités à décrypter ensemble une situation de coopération et poser les éléments d’une grille de lecture pour s’outiller et mieux aborder de futures situations. Les éléments de cette grille de lecture ? Identifier l’objet de la coopération, les acteurs en présence (y compris les absents), les finalités de chacun, le positionnement du développeur.
Nous savons que les situations de coopération sont multiples, nous en avons choisi trois cas différents :

Pour chacun des récits, les participants étaient invités à

  • repérer les finalités des différents acteurs de la situation,
  • identifier ce que chacun de ces acteurs a apporté et retiré de sa présence cette coopération
  • révéler les conditions qui ont facilité ou freiné la coopération, qu’elles soient d’ordre matérielles, d’ordre de la méthode, des compétences, des postures des uns et des autres.

A cette fin, les participants se sont vus attribuer des rôles, définis au préalable par le témoin.

 

Séquence « compétences »

SL702349Parmi les conditions identifiées, certaines relèvent des compétences du développeur territorial.

Pour cette deuxième séquence, les participants étaient invités à identifier les compétences essentielles pour eux et à les prioriser.

Les compétences évoquées par les participants :

nuages de mots competences 2

En petits groupes, ils devaient ensuite les détailler, décrire et repérer quelles peuvent être les modalités de leur acquisition et/ou transmission.

Ce qu’on peut en retenir :

La coopération appelle trois types de compétences :

– Des compétences de l’ordre du savoir-être : il s’agit de se mettre soi-même dans une posture de coopération en mobilisant des capacités relationnelles d’écoute, d’adaptation au groupe, d’empathie, de remise en question et bien-sûr de pouvoir entretenir cette coopération par la convivialité, le maintien d’un climat apaisé (supposant d’anticiper les conflits). En somme, cela suppose une implication personnelle, un engagement : ouverture aux autres (ne pas rester dans l’entre soi), curiosité, disponibilité, acceptation

– des compétences de l’ordre de la méthode pour fixer des règles de fonctionnement claires, pour animer, pour être pédagogue, pour transmettre

– des compétences transversales pour construire du commun (une vision partagée, des objectifs clairs) et pérenniser (en pensant la transférabilité par la communication, la capitalisation…) supposant esprit critique, esprit de synthèse, compréhension des jeux d’acteurs et de l’environnement et capacité d’anticipation.

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Synthèse de la journée

Nous avions demandé à Olivier Delbos  (CC Val & Plateaux des Monts de Lacaune / UNADEL) d’être pendant toute la durée du séminaire nos « grandes oreilles », écouter ce qui se dit dans les ateliers, dans les apartés, pour nous partager à l’issue de la journée des éléments de synthèse, de réflexion.

Membre du groupe de travail « coopération », il était à même d’écouter avec en tête les hypothèses du groupe qui a préparé ce séminaire.

Son parti pris : « qu’est-ce que je dirai à ma directrice de Pays la semaine prochaine de ce séminaire ? »

Voici son retour :

« La coopération : une posture, un besoin, une envie, une nécessité ?

En parcourant les différents ateliers de cette journée, j’ai entendu trois phrases qui m’ont semblé bien résumer le questionnement autour de la coopération.

La coopération :

Pourquoi ?

« Regarder ensemble dans la même direction »,

C’est une réaction solidaire à un problème partagé qui nécessite une connaissance et confiance mutuelle, un langage commun basé sur une légitimité partagée.

C’est être un parmi d’autres …

Pour quoi ?

« Seul au monde, si tu viens pas, tu auras personne »

C’est chercher des compétences complémentaires entre structures mais aussi, au-delà, entre techniciens

C’est un espace d’apporteur d’affaires, un lieu  d’échange d’information

Il ne peut exister durablement sans solidarité, et surtout sans convivialité

Compétence…

« Quand je n’ai pas envie de faire un truc, le réseau ne le fait pas »

Un réseau pour vivre doit s’appuyer sur un leader ou, à tout le moins, un animateur motivé et sur une envie partagée, tant par les individus que par leur structure.

En conclusion, on pourrait dire :

« Pas de coopération sans volonté partagée »

La refonte territoriale en cours fait craindre que la suppression des échelons intermédiaires entraîne un cloisonnement de plus en plus fort des missions, sur un territoire de plus en plus large et une disposition progressive de l’agent de développement « couteau suisse », fondement du métier d’Agent de Développement.

3 résponses à “Coopérer entre et dans les territoires : quelles conditions ? Quelles pratiques ?”

  1. Programme du 2ème Congrès 2015 | Développeurs territoriaux

    […] des thématiques diverses, dans le prolongement des travaux du Carrefour des métiers (coopération, intermédiation, participation, […]

  2. 2ème Congrès national des développeurs territoriaux | Unadel

    […] et des professionnels du développement territorial  depuis un an autour des questions de coopération, d’intermédiation, de participation, d’innovation et […]

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