Le développeur territorial à l’interface entre projet de territoire et politiques publiques

CC BY-NC-ND 2.0
CC BY-NC-ND 2.0

Le 9 février 2015, une douzaine de développeurs territoriaux se sont retrouvés au Campus de l’ONF de Vélaine-en-Haye (54) pour le séminaire co-organisé avec le Carrefour des Pays Lorrains : « Le développeur territorial à l’interface entre projet de territoire et politiques publiques« .


Introduction

Le sujet qui nous occupait lors de ce séminaire était celui de l’intermédiation entre politiques publiques et projets de territoire. En utilisant le mot intermédiation, nous souhaitions faire passer l’idée d’action, de pro-activité propre au développeur territorial, que le terme interface rend moins bien.

Derrière ce mot, il y a aussi l’idée que le développeur n’est pas seulement au cœur d’un processus mais à l’initiative de, qu’il permet la rencontre entre la demande sociale d’un territoire et les politiques publiques, qu’il crée des outils qui cristallisent ces dynamiques.

Pourquoi ce sujet ? Quels questionnements particuliers ?

Nous sommes partis de plusieurs constats :

  • une évolution de la position du développeur liée aux réorganisations territoriales
    • des périmètres élargis (EPCI, fusion des Régions)
    • des organisations plus grosses, donc plus d’interlocuteurs pour les développeurs et une inclusion dans des organigrammes plus conséquents où il y a davantage de division du travail avec aussi peut-être un certain éloignement des centres de décision, un lien moins direct
    • un éloignement sans doute aussi du terrain, ou du moins, une question accrue sur la gestion de la proximité
    • une moindre centralité
      → la recomposition des relations avec les différents interlocuteurs interroge donc la fonction d’intermédiation des développeurs.
  • une complexification des terrains d’action
    • des logiques territoriales plus complexes
    • des enjeux à géométrie variable
    • des cadres d’action multiples (Etat, Union Européenne, collectivités locales…)
      → l’articulation des échelles interroge donc la fonction d’intermédiation des développeurs.
  • des modalités de gestion qui peuvent être « figeantes » ou traîtres (risques opportunistes) car normatives ou ne finançant pas « l’inventivité »

En somme, un contexte qui interroge le développeur dans sa capacité à faire rejoindre la demande du territoire et les dispositifs publics.

Dès lors, en tant que développeur : comment agir dans un environnement qui change et où mes prérogatives changent ? Quelles sont les conditions à réunir ? Quelles sont les compétences à mobiliser ? Les miennes et celles d’autres, en interne, en externe ? Comment m’y former ?

Ce sont les questions abordées lors de ce séminaire.

Séquence « Une intermédiation réussie, nous en avons chacun fait l’expérience – Quelles ont été les conditions de réussite ? »

Les développeurs territoriaux sont amenés à comprendre et composer avec les nouvelles logiques territoriales pour continuer à agir aux services des territoires et de leurs acteurs.

A première vue, face aux multiples incertitudes, c’est plutôt le désarroi qui règne.

Pour autant, l’intermédiation est au cœur du métier de développeur territorial.

Aussi, pour cette première séquence, les participants ont été invités à faire part d’une de leur expérience réussie en termes d’intermédiation. En partant de leurs pratiques déjà à l’œuvre, l’idée est d’identifier les conditions qui ont permis cette réussite… et de circonscrire les craintes quant à ce qui pourrait se profiler pour chacun.
En binôme, les participants ont donc écouté leurs expériences réussies respectives. En racontant son expérience, chacun devait décrire en essayant de donner le plus de détails possibles que le quand, le qui, le comment, le avec qui, le dans quelles conditions… et exprimer trois souhaits pour la suite, pour qu’une telle expérience soit reproductible dans les conditions de travail d’aujourd’hui ou de demain. L’écoutant devait relever les conditions de réussite (compétences, pratiques, ressources…) qui ont été mobilisées.

Un exemple, l’expérience de Sébastien*, écoutée par Cécile de Blic.

Une telle expérience multipliée par 12, c’est autant de matériau pour repérer les conditions de réussite.

Nota : nous ne pouvons pas reprendre l’ensemble des présentations, aussi, nous avons donc fait le choix de vous présenter les points majeurs des échanges entre les participants, de leurs réactions aux présentations.

Un exemple d’analyse des expériences d’un binôme.

SL702329Du partage des expériences relatés par chacun et des conditions mises en exergue, les participants relèvent un certain nombre de points de vigilance et de questionnements :

  • le rapport au temps et le passage d’une responsabilité individuelle à une responsabilité collective (pour que ça puisse tenir au-delà des gens et au-delà du développeur avec la notion de dépersonnalisation des projets)
  • la question de la transmission de l’histoire et des enjeux d’un projet
  • la capacité de projection dans une possible alternance, qui peut passer par la recherche d’alliés, des alliés pour aujourd’hui pour que « la mayonnaise prenne », des alliés pour demain pour que la démarche se poursuive
  • la clarification et la gestion des espaces : espaces de construction, de concertation, de décision…

 

* Le prénom a été modifié.

Séquence « compétences »

A l’issue de cet échange, les participants identifient les conditions qui leur apparaissent comme prioritaires.

Deux pôles de compétences ressortent : les compétences liées aux acteurs, les compétences liées aux cadres d’exercice.

 

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Qu’est-ce que nous disent ces pôles de compétences ? Comment acquière-t-on, transmet-on ces compétences ?

Les participants forment deux groupes pour travailler chacun des pôles.

 

A retenir :
Les cadres

La créativité apparaît comme la compétence « chapô » des compétences à acquérir dès lors qu’on veut pouvoir jouer des cadres. Des cadres qui peuvent être des contraintes, qui supposeront de pouvoir se créer de la marge d’action. Des cadres qui peuvent être également des leviers, permettant d’abriter, de justifier l’expérimentation, de maintenir le cap des projets par les jalons des procédures, etc.

Quels préalables alors ? La compréhension de l’environnement, du cadre et de ses contraintes avant tout.

Quelles compétences ? La créativité suppose une capacité de prise de recul. Elle peut être permise par l’apprentissage de la complexité, de l’interculturalité. Elle nécessite aussi de savoir prendre des risques, de pouvoir se mettre en déséquilibre. Elle invite à ne pas enfermer les personnes dans des rôles, pour pouvoir changer de regard, à se décentrer soi-même. Pour ce faire, il s’agit donc de regarder les gens et les situations avec bienveillance.

→ Ces compétences relèvent essentiellement du savoir-être. Où et comment peut-on les acquérir, les transmettre ? Il serait sans doute pertinent de regarder du côté des formations à la diplomatie, du côté des formations à la sociologie des acteurs.

« C’est dans la contrainte que la créativité s’exprime pour transformer les blocages en atout, donner du sens et garder le cap », Carlos Roberto Scherson Banchik, participant au séminaire

Les acteurs

La fonction de médiation entre acteurs est celle qui semble résumer le mieux les compétences du développeur en termes d’intermédiation. On peut retenir déjà que nous sommes passés d’une question d’intermédiation entre politiques publiques et projet de territoire – objet de notre séminaire – à la notion de médiation entre acteurs.

→ Quelles compétences principales pour cette médiation ?

  • La connaissance des discours et la capacité à les retraduire
  • La capacité à trouver du sens commun en faisant au plus simple
  • La capacité à gérer les conflits d’intérêt (supposant une certaine neutralité et une capacité à sortir de son cadre institutionnel pour être à l’écoute, savoir sortir du conflit)
  • La capacité à savoir se retirer pour prendre une décision

→ Comment acquérir et transmettre ces compétences ?

  • S’inspirer des formations à la traduction, l’interprétariat.
  • S’inspirer des méthodes des vulgarisateurs scientifiques.
  • S’inspirer des formations à la médiation culturelle, les techniques d’animation n’y étant jamais dissociés du but.
  • Travailler avec les professionnels des sciences de l’éducation.
  • Envisager le développement de formes de compagnonnage et de projets tutorés (en poste).

« Ce sont nos métiers qui ont déterminés nos compétences. Ce ne sont pas nos compétences qui ont conduit à nos métiers. Nous avons des formations différentes mais il y a du commun ». Alexandre Geny, participant au séminaire

En conclusion de la journée, nous pouvons reprendre les propos d’une participante :

« Des normes croissantes, des élus démunis, quel temps peut-on réellement consacrer à la créativité ? Ce contexte rend d’autant plus saillant notre travail d’aujourd’hui pour continuer à faire. »

2 résponses à “Le développeur territorial à l’interface entre projet de territoire et politiques publiques”

  1. Programme du 2ème Congrès 2015 | Développeurs territoriaux

    […] thématiques diverses, dans le prolongement des travaux du Carrefour des métiers (coopération, intermédiation, participation, […]

  2. 2ème Congrès national des développeurs territoriaux | Unadel

    […] du développement territorial  depuis un an autour des questions de coopération, d’intermédiation, de participation, d’innovation et […]

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